THÉORIE DE L’ORIGINE DE PIERRE LANOUE

Des chercheurs de la famille Lanoue aux Etats-Unis prétendent que Pierre Lanoue était Pierre de La Noue de Bogard, chevalier de Malte. Leur affirmation s’appuie sur des recherches dans les archives du Canada et de la France et des registres paroissiaux de l’Eglise catholique.

Comme il n’est pas précisé à quel document exactement je pourrais me référer pour vérifier moi-même, des doutes subsistent tant que je n’aurai pas trouvé la preuve.

À l’été 1998, Duane Lanoue de Californie en visite chez moi à Notre-Dame de Stanbridge, Québec, me disait qu’il venait d’une tournée dans les maritimes. Il s’est rendu au Musée acadien de l’université de Moncton. Un professeur spécialisé en histoire acadienne lui aurait affirmé qu’il n’y avait pas d’acadiens d’origine noble parmi les Lanoue. Il a ensuite été à Port-Royal retrouver le terrain appartenant au premier Pierre Lanoue. Il a d’ailleurs pris en note que le terrain était à vendre. Le professeur en question a-t-il fait réellement des recherches poussées sur ce point? (Origine) Où sont ces sources d’informations qui l’ont amené à une telle déclaration?

À l’été 1999, étant invité par Baudoin et Harald Capelle les propriétaires actuels du château de Bogard, je suis allé y séjourner. J’ai consulté leurs archives. J’ai aussi essayé de voir où précisément je pourrais poursuivre et diriger mes recherches. Un séjour plus long en France serait nécessaire.

Je continue donc la quête d’informations afin de pouvoir trouver exactement par des documents des preuves de l’endroit d’origine de Pierre Lanoue et de sa famille. Pour se faire, en premier lieu il faut trouver le père de Pierre Lanoue (le premier à venir en Acadie) et trouver son lieu d’origine en France. Ce qui n’a pu être réalisé malgré des efforts dans ce sens. Un autre moyen est de suivre la trace de Pierre de La Noue, chevalier de Malte pour connaître sa vie. Du premier Pierre Lanoue, on connaît sa vie à partir de 1668 environ et les années suivantes. De Pierre de La Noue, on connaît sa naissance en 1643, ses études, fut fait chevalier de Malte en 1662, il accepta alors une mission de trois ans. Après quoi, il semble disparu. Est-il possible que les deux personnages soient la même personne? Je réponds oui à la question.

Certains objecteurs avanceront que les gens de noblesse ne pouvaient commercer sans déchoir. Donc le Pierre Lanoue d’Acadie n’était pas de la noblesse, vu qu’il commerçait avec son bateau. « En principe, acheter et revendre, c’est commercer et commercer c’est déroger. Vers 1760, déroger commence à sentir vieux temps. Un officier de mer même les chevaliers de Malte ne semblent pas gênés par leurs quartiers de noblesse pour courir faire fortune sur les vaisseaux de l’Ordre et même du Roi. Donc commercer sans déroger. L’île de Malte nourrissait bien des rêveries des jeunes nobles de la province. Plusieurs familles sollicitaient pour un de ses fils une place dans l’ordre prestigieux. L’Ordre de Malte s’intéresse moins à la gloire et au panache qu’à la marchandise. » (La Bougainvillée de Fanny Deschamps).

Est-ce important? me demandait George Lanoue, en faisant référence à l’état civil de notre ancêtre, baron, comte ou paysan, commerçant… Ce qui est important, ce n’est pas tant de savoir si notre ancêtre avait des quartiers de noblesse, mais d’établir la vérité, de connaître notre histoire. Tant mieux si la vérité est que l’on est des descendants de Pierre de La Noue de Bogard (si le fait nous plaît), car si c’est le cas, la lignée de nos ancêtres est établie jusqu’au Moyen-Âge. Sinon l’ascendance connue s’en retrouve réduite au dix-septième siècle en ce moment.

Quelques données

Anne Le Métayer est décédée le 3 juin 1665. Le partage du puisné Pierre de La Noue, chevalier de Malte est de 30 593 livres. Un montant de 4 174 livres pour frais à exposés doit parvenir à l’ordre du chevalier de Malte. (Document du château de Bogard, noté en juillet 1999)

(Extraits de « Histoire des Acadiens » de Bona Arsenault)

Entre 1654 et 1667, il n’y eut aucune immigration française en Acadie.

Le 31 juillet 1667, il y eut le traité de Bréda. L’Angleterre rend l’Acadie à la France. L’année suivante, 1668, Marillon du Bourg, vint reprendre possession de l’Acadie au nom du roi de France. Alexandre Le Borgne, sieur de Belle-Isle, fils du riche marchand de La Rochelle, créancier de d’Aulnay, devint gouverneur provisoire et lieutenant-général de l’Acadie.

En 1671 au printemps, l’immigration française reprend en Acadie. Les nouveaux colons quittent La Rochelle sur le navire l’Oranger. (Dans les noms mentionnés, il n’y a pas de Lanoue)

Des soldats du régiment de Carignan après la construction du fort Chambly en 1665 sur la rivière Richelieu, vont en Acadie en 1670 et sont licenciés, certains s’y établissent.

Le premier recensement de la colonie de l’Acadie, celui de 1671 fut effectué par le père Laurent Molin religieux cordelier avant l’arrivée à Port-Royal du premier contingent de colons français de 1671.


Réflexions

On ne voit aucun Lanoue sur la liste de noms des nouveaux émigrants selon les différents arrivages. Lors du recensement de 1671, Pierre Lanoue y était censé. Il ne venait pas du contingent de La Rochelle de 1671. Suite à ces informations, je me suis demandé comment, quand, par quel moyen Pierre Lanoue est arrivé en Acadie.

1- Il pouvait avoir accompagné Le Borgne de Belle-Isle en 1668?
2- Il pouvait venir du régiment de Carignan en 1670?
3- Il pouvait être venu de lui-même avec son propre bateau en 1668?
4- Il n’y eut pas d’émigration entre 1654 et 1667, et avant il était trop jeune.

Les numéros 1 et 3 me semblent les plus possible. Ils pourraient être un indice qu’il était d’origine bretonne et qu’il avait les moyens d’avoir un navire. On sait que Pierre Lanoue était commerçant-navigateur entre l’Acadie et les côtes de la Nouvelle-Angleterre jusqu’à Boston. (Les cahiers de la S.H.A., vol.VII, no. 4, déc. 1976 p. 161 ss.)

Pour le numéro 2, après des vérifications aux archives nationales du Québec, durant l’été 1999, il y avait un Lanoue officier dans le régiment de Carignan, mais il fit carrière au Québec et n’alla pas en Acadie. Ce n’est donc pas celui qui nous intéresse.

Il resterait à trouver, pour vérification, les noms de ceux qui ont embarqué avec Le Borgne pour l’Acadie en 1668, et ceux qui accompagnaient Marillon du Bourg.

Entre les années 1642 et 1650, le sieur d’Aulnay recrute en Poitou, Anjou, Saintonge et Champagne, part de La Rochelle, rejoint d’autres navires du Morbihan et font voilent vers l’Acadie. Le Borgne père fait le commerce entre l’Acadie et La Rochelle et avancent des fonds à d’Aulnay. (Histoire des Acadiens de Bona Arsenault)

Pendant ce temps Henri de La Noue meurt, son fils Pierre naît. La mère de Pierre devenue tutrice des enfants pourvoiera à leur éducation. Pierre sera envoyé au prieuré d’Aquitaine. C’est près de Poitiers. Il devint chevalier de Malte en 1662. (Précis généalogique de la Maison de la Noue par le vicomte Oscar de Poli).

Interprétation

Guillaume de La Noue VIIIe du nom, chevalier, seigneur, conseiller au parlement de Bretagne, conseiller de la reine Marie de Médecis, chancelier de la duchesse d’Orléans, épousa en 1604 Anne de Cornulier. Il eut un fils appelé Henri.

Henri de La Noue, fut seigneur de Crenolles, et conseiller au parlement de Bretagne. Il épousa Anne le Métayer, en 1632. Il devint seigneur de Bogard. etc. (Preuve: contrat de mariage, Carrés, p. 92, expéd. pap. 1658). Guillaume et Pierre naquirent de ce mariage. Il mourut en 1643. (Preuve: Le 21 mai 1643, une sentence est rendue par le maréchal de Moncontour au sujet de la tutelle des enfants de feu Henri de La Noue par Anne le Métayer mentionnant qu’elle est enceinte de 7 mois.) (Preuve: Le 16 août à Rennes. Baptême à St-Sauveur de Pierre fils de Henri de La Noue).

Après la mort de Henri son mari, Anne le Métayer est nommée tutrice de ses enfants. Elle assure la position de ses enfants et se remarie. L’aîné Guillaume hérite de la position de son père. Pierre, le puîné, est inscrit au grand prieuré d’Aquitaine près de Poitiers pour sa formation. Les lettres de noblesse sont trouvées bonnes et valables. (Preuve: 22 juillet 1662, Poitiers, registre du grand prieuré).

Pendant le séjour de Pierre de La Noue en Aquitaine le recrutement pour la colonie de l’Acadie a lieu dans la région environnante. Sans doute que les étudiants devaient discuter et s’enthousiasmer devant un avenir d’aventures. Il ne manquait pas de récits exotiques à cette époque à la cour ou dans les salons au sujet des colonies et des possibilités de commerce avec ces pays lointains.

Quant aux départs pour l’Acadie, ils se faisaient à partir de La Rochelle à une faible distance du grand prieuré. Le recrutement dans les environs est donc connu de Pierre et de ses compagnons. Cette connaissance l’influence à vouloir commercer avec l’Acadie à son propre compte. À cet effet, il peut avoir contacté d’Aulnay ou Le Borgne, dont ce sont les fils qui ont pris la relève de leur père.

Ayant terminé ses études, Pierre est reçu au rang de frère chevalier de l’Ordre de S. J. de Jérusalem en 1662.Une quittance de la somme de 1425 livres tournoi est donnée par le receveur du prieuré. (Preuve : 24 juillet 1662, Poitiers, au grand prieuré)

Pierre séjourne au château de Bogard à l’automne 1662. Il reçoit en partage la somme de 26 631 livres. Son frère Guillaume a hérité du château de Bogard et de la charge de conseiller au parlement de Bretagne à Rennes. Dans la famille, on est magistrat, ecclésiastique ou militaire. Son beau-frère, de Pern, un an plus ancien, à la même école que lui, choisi la carrière militaire. Lui, que fera-t-il?

Il reçoit alors, en 1663, à Bogard, un ordre de mission de trois ans à Malte.(Notes tirées des archives de Bogard).

Au retour de cette expédition en 1666, Pierre a le regret d’apprendre que sa mère Anne le Métayer est décédée le 3 juin 1665. En plus de l’habitude d’être éloigné, un autre lien pouvant le rattacher à sa famille se coupe. Par contre, Pierre reçoit en partage la somme de 30 593 livres. Cette manne tombe à point pour servir ses besoins. La vie militaire ne l’a pas enthousiasmée au point d’y faire carrière. Il a cependant l’expérience de trois ans de navigation et de garnison qui peut être utile. Il a acquit l’indépendance et ne veut compter que sur lui-même. Il a maintenant les moyens d’entreprendre la réalisation de son rêve d’aventures en Nouvelle-France. Il fait donc des démarches pour se procurer un navire. Il enrôle un équipage et prend la mer à St-Malo au nord-est de Bogard.

C’est ainsi qu’on le retrouve en Acadie vers 1668. Il achète un terrain à Port-Royal. Il cultive un peu pour pourvoir à ses besoins et fait du commerce avec son navire entre différents points de la côte et jusqu’à Boston. Il subvient ainsi à ses besoins, aide aussi à la colonie. Son travail occupe tout son temps et ne voit pas la nécessité de donner de ses nouvelles à sa famille avec laquelle les relations ce sont estompées.Il se fait appeler Pierre Lanoue et n’aime pas parler de son âge ni de son lieu d’origine. Le fait qu’il sache écrire et qu’il possède un bateau laisse entrevoir qu’il doit avoir de l’instruction et une certaine fortune. Sa situation instable explique pourquoi il s’est marié assez âgé.

Guillaume de La Noue, son frère, est tué le 26 décembre 1677 en son château de Bogard. Un contrat à Rennes en mai 1680, nomme Françoise Orégon tutrice des enfants. Pierre est mentionné comme étant défunt. (de Poli) Vu qu’il n’a pas donné de ses nouvelles à sa famille, elle pense qu’il est disparu. C’est une situation que j’ai constaté à d’autres reprises. Après une émigration en Amérique, dans les contrats rédigés en France après le départ de cette personne, on la déclarait morte.

Vers 1681 Jeanne, sa soeur, meurt. En 1681, Pierre se marie à Port-Royal à Jeanne Gautrot. Après son mariage, il part pour la France. Il a eu des rumeurs que des événements ont eu lieu dans sa famille ou c’est le hasard qu’il se présente à ce moment là dans le port de St-Malo après tout ce temps.Quatorze ans ce sont écoulés depuis son premier départ.

Il visite et présente son épouse à sa famille. Sa femme est enceinte. Il se fixe temporairement dans les environs de St- Malo. Il voit à la réparation de son navire et attend la naissance de son enfant. Un fils naît le 21 novembre 1683 à Dol. Il demande alors à un parent maternel Michel-David de Bogard chanoine et archidiacre de Dol de baptiser son fils.

En Acadie au recensement de 1686, Pierre Lanoue est absent, mais il figure au recensement de 1693. Donc, après le rétablissement de Jeanne, quand le navire est gréé, Pierre, ne semble pas pressé de retourner à sa propriété de Port-Royal en Acadie. A-t-il des difficultés avec son navire? Deux ans après son retour en Acadie, il changera de bateau. En effet, en 1695, Pierre a des ennuis de douane à Salem, Mass. où il venait d’acheter un navire le « Fortune « .

Un autre argument
Quand j’étais jeune ma mère a dit à quelques occasions  » ton père, ses ancêtres faisaient parti de la petite noblesse, il a du sang noble « , voulant peut-être sous entendre qu’on lui doit du respect ou encore pour m’inciter à une bonne conduite. Dans ce temps, je prenais cette parole à la légère. Je ne réalisais pas que ce pouvait être plus qu’une boutade mais effectivement la vérité. Plusieurs années plus tard, quand j’ai fait mes recherches et que j’ai découvert qui pouvaient être mes ancêtres, à ce moment là ces paroles me sont revenues lentement à la mémoire. (Avec l’aide de ma sœur d’ailleurs qui me l’a confirmé en me rappelant les mêmes mots.)

Je pense aujourd’hui que ma mère ne m’aurait pas transmis ce message s’il avait été un mensonge et s’il n’avait pas été relayé de père en fils dans le temps par les Lanoue. Une idée pareille est tout à fait exceptionnelle au Québec. J’ai longtemps hésité avant d’écrire sur ce sujet. À tout considérer, même si je me suis attaché à trouver des éléments de preuves de filiation tangible, comme la concordance des dates et des lieux, les écrits, certaines personnes pensent que je dois y ajouter ce point et faire connaître cet argument non négligeable.

Avant même le début approfondi des recherches, ma mère avait parlé de la tradition familiale nous rattachant à une origine noble. Compte tenu de la saga vécue par nos ancêtres, une telle tradition passée de génération en génération a beaucoup d’importance y compris pour les généalogistes. Surtout qu’à priori toutes nos générations d’ancêtres ne s’intéressaient pas nécessairement à la généalogie et ne devaient pas marquer un intérêt particulier pour l’aristocratie française qui devait leur paraître bien lointaine. Dès lors si une telle tradition s’est passée de génération en génération, elle ne peut relever du fantasme. En effet, quel aurait-été l’intérêt de raconter des histoires tellement à l’écart de leurs préoccupations?

« Moi, à mon niveau de spectateur de cette affaire, je n’ai pas de doute et je trouve convaincante la théorie exposée par Gaétan dans le site sur les pérégrinations du jeune chevalier de Malte. » Baudoin Capelle.

La déportation des Acadiens, l’exil

Les Acadiens ont défriché des terres et ont prospéré jusqu’en 1755, malgré des escarmouches occasionnelles avec les Anglais de la Nouvelle-Angleterre. Il y eut pendant deux générations des villages fondés autour de la baie française (Fundy) et d’autres villages sur la côte est de l’Acadie (Nouvelle-Ecosse), au Cap Breton, à l’île Saint-Jean (Prince- Edouard) et la côte est du Nouveau-Brunswick actuel. Les Anglais décidèrent d’expatrier les Acadiens afin de s’approprier leurs biens et d’en dissiminer les habitants dans des milieux anglais afin qu’ils soient assimilés. Les déportations se sont échelonnées sur des mois et même sur des années afin d’effacer de la carte ce peuple, mais c’est en 1755 qu’eurent lieu les tragiques événements (qui intéressent la famille Lanoue) à Port-Royal, à Grand-Pré et sur une grande partie des côtes de la baie française. 

Certains Acadiens avaient déjà quitté la région pour aller vers le Cap Breton ou le Nouveau- Brunswick, quelques uns s’étaient enfuis à l’intérieur des terres. Mais en général, les Acadiens étaient demeurés confiants et paisibles sur leur terre malgré la rumeur qui voulait que les Anglais songent à les déporter. Mais à l’automne de 1755, l’armée anglaise encercle les villages. Après 15 jours, un mois, à subir des mauvais traitements, les Acadiens furent forcés de s’entasser dans des bateaux souvent hommes, femmes et enfants séparés. Certains d’entre eux, se consolaient en pensant se retrouver à leur point de destination. Malheureusement, les bateaux allèrent à des endroits différents. Les Anglais, pour s’assurer que tout le monde soit à bord, brûlaient les maisons et autres bâtiments afin que personne ne puisse s’échapper, ni que les fuyards dissimulés dans la forêt viennent s’y réfugier après leur départ. Pour ce qui concerne les Lanoue, il semble qu’à une ou deux exceptions, tous furent expatriés. Parmi ceux qui s’échappèrent, on relève: une Marie Lanoue mariée à Jean Melanson venant de Beaubassin, partie en 1756, elle passa l’hiver 1757-1758 à Québec et se fixa dans Lotbinière; un autre possiblement se sauva en direction de la baie Sainte-Marie. Á ma connaissance, en 1992, ce qui reste de Lanoue en Nouvelle-Ecosse (Acadie), c’est le nom Lanoue gravé sur une pierre dans la chapelle commémorative de Grand-Pré rappelant ceux qui ont été déportés. Parmi les bateaux qui transportaient des Lanoue, un accosta en Caroline du Sud et y débarqua la veuve de René Lanoue, Marguerite Richard et trois de ses garçons: Jean-Baptiste, François et Basile. Les autres Lanoue furent laissés sur les côtes du Connecticut et du Massachusetts dans la région de Boston. Les autorités de ces endroits ne voulaient pas de ces réfugiés, qui complètement démunis devaient vivre à leur charge. On les laissa longtemps sur les quais, les autorités se querellant pour savoir qui s’en occuperaient. Ainsi sans ressource alimentaire ni sanitaire, la maladie y fit des ravages et plusieurs moururent (1/3).

Enfin, peu à peu, certains s’employèrent chez les fermiers souvent simplement en échange du gîte et du couvert. Un traité de paix ayant été signé entre la France et l’Angleterre, en 1763, le Canada appartenait maintenant à l’Angleterre. La nouvelle se répandit que le gouverneur Murray du Canada à Québec semblait disposé à accueillir les Acadiens, et demandait aux seigneurs de leur concéder des terres. Certains exilés discutèrent s’ils devaient aller en Louisiane ou aller au Québec. Certains optèrent pour un pays qu’ils croyaient encore à la France, la Louisiane. Parmi eux, quelques Lanoue y arrivèrent en 1768. Quelques-uns retournèrent en Nouvelle-Ecosse et s’établirent à la baie Sainte-Marie, dont Pierre Lanoue fils de René et Marguerite Richard, marié à Mary Doane. Guidés par les Indiens, des Acadiens s’engagèrent sur la route bien familière à tous les coureurs des bois: le « Mohawk trail » qui partait à 40 km de Greenfield Mass. Il n’était pas trop difficile de gagner par là, le lac Champlain, puis de descendre le Richelieu. En 1766, un groupe de 12 familles comprenant 80 personnes, arrivé du Massachusetts par le lac Champlain fut accueilli à l’Assomption sur la seigneurie de St-Sulpice. Parmi ces familles, il y avait Pierre Lanoue marié à Anne Béliveau et sa famille, qui s’établit à Saint-Jacques de Montcalm. En 1767, Marin Granger de Port-Royal, fils de Joseph et de Marie-Josephe Robichaud, marié à Marguerite Lanoue arrivé par goélette du Massachusetts et du Connecticut, se dirige avec une quarantaine de familles à l’Assomption. Après 13 ans de pétitions pour quitter la Nouvelle-Angleterre et sortir de l’esclavage, en juillet 1768, il y eut un retour massif vers le Québec où la population pouvait demeurer catholique et parler français. 

De la région de Boston: Salem, Waltham; et du Connecticut: Pomfret Center, Norwich, New London, et d’aussi loin que la Caroline du Nord; un important groupe de réfugiés acadiens arrivait par le lac Champlain, soit environ 240 personnes formant plus de 50 familles, sans compter les veuves et veufs ainsi que les célibataires. Certains se dirigèrent vers l’Assomption rejoindre ceux qui les avaient précédés. Les autres furent accueillis à Laprairie. Des terres leur furent distribuées, elles faisaient partie de la seigneurie de Longueuil qui s’étendait sur toute la vallée du Richelieu. Ils fondèrent le village de L’Acadie. Parmi eux, il y avait Michel Poncy Lanoue marié à Madeleine Brun, Pierre marié à Marie Hébert, leur père Joseph Lanoue marié à Marguerite Belliveau et son père Pierre marié à Marie Granger. Privé en exil des secours du clergé, leur mariage, leur baptême furent réhabilités à Laprairie à la paroisse de la Magdeleine. On peut dire que les Lanoue qui sont toujours en plus grand nombre dans la région de Saint-Jacques de Montcalm et dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu qu’ailleurs au pays sont les branches nord et sud d’où ils se sont répandus à Montréal, au Québec, aux Etats-Unis, en Ontario et ailleurs.

Deuxième migration des Acadiens
Pourquoi l’émigration massive vers les États-Unis à partir du Québec?

J’ai suivi particulièrement les déplacements des Lanoue parce que -les Lanoue- c’est le sujet de mes recherches, mais c’est évident que les autres Acadiens et les Canadiens-français sont également concernés.

Les Acadiens ont été déportés à différents endroits. Il y eut des membres d’une famille Lanoue celle de René qui accosta en Caroline. Les Résidents ne voulaient pas de ces pauvres gens. Ils les employaient comme des esclaves sans les payer. Cette famille a eu l’avantage d’être accueillie par un bon propriétaire. Cependant ils avaient avantage à se faire oublier, c’est dans ce contexte qu’ils ont pris le nom de Lanneau qui sonne plus anglais donnant une couleur plus locale. Ces Lanoue sont restés dans le sud des États-Unis.

Il y eut des Acadiens déportés en Angleterre, en quarantaine ou plus ou moins détenus pendant plusieurs années.
Ils furent transférés en France où des tentatives d’implantation eurent lieu. Plusieurs s’établirent à Belle-Isle-sur-mer au large du Morbihan, au sud de la Bretagne. Plusieurs parmi eux ayant eu connaissance qu’ils avaient de la famille en Louisiane laissèrent leur établissement et partirent les rejoindre. Je n’ai pas dépisté de Lanoue dans ce groupe.

Il y a un groupe d’Acadiens dont au moins Pierre Lanoue qui a décidé d’aller en Louisiane. Il a traversé le Connecticut, le Maryland. Il a suivi alors l’Ohio un affluent du Mississipi, puis le Mississipi vers la Louisiane. Il n’a pas pris la mer. Ces Acadiens demeureront dans le sud des Etats-Unis. Il y a cependant une autre famille Lanoue qui s’établit dans le sud des Etats-Unis mais cette famille venait de France. Ce ne sont pas des Acadiens, descendant de Pierre Lanoue I.

Le plus gros groupe de Lanoue a été déporté au Connecticut et autour de Boston et dans quelques États environnants.
Je ne répéterai pas tous les détails que j’ai déjà narré dans la « déportation des Acadiens « . Cependant j’attire votre attention sur le fait que les voyages se faisaient le plus souvent par terre et non par mer. Par mer, c’est peut-être plus romantique mais ce n’est pas nécessairement la vérité. Si quelques déportés ont pu revenir au Québec par bateau, en général, les Acadiens n’avaient pas les moyens de payer l’embarquement. C’est pourquoi ils se sont déplacés par voie de terre, à travers la forêt et en empruntant les cours d’eau avec des canots. Cependant un groupe d’Acadiens partit sur un bateau de la Nouvelle-Angleterre vers le Québec et trouva un établissement dans l’Assomption au nord de Montréal. Étaient-ils parti en éclaireur? Chose certaine c’est que peu d’années après un immense groupe se dirige par terre vers le Québec.

Vers 1774, lors de la brouille des colonies de la Nouvelle-Angleterre avec leur mère patrie, puis révolte qui finit par la guerre d’indépendance, à ce moment les Acadiens avaient quitté leur lieu d’exil. (On raconte même que deux frères partirent de Georgie et remontèrent vers le Canada à pied. Ils prirent quelques mois).
Avec les Canadiens français, les Acadiens partageaient la même langue, la même religion, la même civilisation et avaient enduré les assauts des mêmes ennemis. (Les Acadiens du Québec, page 92, par Pierre Maurice Hébert)

Tous ces déplacements peuvent se résumer par un désir des Acadiens de vouloir vivre en paix, en français et garder leur religion catholique. Et aussi, peut-être, ils ne voulaient pas s’impliquer dans un conflit qui ne les concernaient pas en Nouvelle-Angleterre. Alors rendus au Québec, qu’est ce qui se produisit? Ont-ils trouvé la satisfaction de leurs désirs? Pourquoi cinquante ans plus tard, ce commencement de départs vers les Etats-Unis qui s’est accentué jusque vers l’année1900. C’est ce que regardons maintenant.

Les francophones, une sous classe.
Concession de terre, privilège aux Anglais, manque de terres.
La révolte des Patriotes
L’attraction des usines américaines

Les Anglais accaparaient non seulement le gouvernement mais contrôlaient les fonctionnaires et les postes importants, le commerce. Les Acadiens en exil n’avaient pas eu la chance de s’instruire dans la situation où on les tenait et à cause de leurs déplacements. Ils devaient travailler physiquement hommes, femmes et enfants du matin au soir. Ils étaient dans un milieu qui n’étaient pas le leur. Il n’y avait pas d’école à leur disposition. Il était donc facile aux Anglais de traiter les Français d’ignorants, bons qu’aux tâches serviles. Conditions que les Anglais leur avaient imposées eux-mêmes.
Les Américains intensifièrent leurs luttes pour l’indépendance.. . qu’ils obtinrent en 1783. Les Loyalistes fidèles à la couronne d’Angleterre quittèrent le sol américain.

L’Angleterre leur offrit de passer au Canada et les attira par toute sorte d’avantages, en plus de
leur offrir des terres gratuitement et de leur payer la subsistance durant trois ans.
(
Les Acadiens du Québec, p. 221-222, Hébert)

Dans ce qui restait de la province de Québec (actuel) on créa pour les Loyalistes et les Britanniques une cinquantaine de township afin d’élever un barrage contre l’envahissement des Canadiens-français. Anomalie qui constituait une espèce de meurtre national dont les victimes furent les Canadiens-français et les Acadiens.

Les loyalistes venus au Québec vers 1775 vingt ans après la déportation des Acadiens étaient anglophones et protestants et monopolisaient pour eux des terres qui auraient du échoir aux Canadiens-français. Des années plus tard les Loyalistes en grande partie ont quitté le Québec pour retourner aux Etats-Unis après avoir vendu les terres qui leur avaient été données. Les Acadiens, eux, ne sont pas retournés en Acadie, et pour cause, la loi autorisant la déportation n’avait pas été révoquée.- Elle ne l’est toujours pas, le génocide est théoriquement encore possible.- (Inspiré de page 92, Les Acadiens du Québec, Hébert)

La vallée du St-Laurent avait été découpée en grandes concessions terriennes, ou seigneuries, par les Français. Les familles qui les cultivaient devaient payer un loyer aux seigneurs qui, en retour, avaient des responsabilités minimes envers eux. Presque tout le reste des terres du Bas-Canada étaient contrôlées par le gouvernement britannique, l’Église ou laCompagnie britannique
nord-américaine des terres. Cela rendait presque impossible le développement indépendant de
 nouvelles régions agricoles. 

(Robert Nelson, le médecin rebelle de Mary Soderstrom, page 211)

Des Canadiens-Français voulaient changer cette situation et abolir ce système.

Des colons avaient défrichés en vue de s’établir sur un sol qui, sur le point de commencer à produire, se voyaient dépossédés de tout leur avoir. Les lots étant concédés aux protégés du gouverneur anglais. Les lois étaient faites ainsi c’était facile de voir l’injustice. En 1837-1838 les Patriotes cherchaient à ce les Canadiens-français reprennent leur place au pays. Après avoir rappelé au gouvernement les graves injustices faites aux Acadiens, il était à prévoir que le même sort arrive aux Canadiens-français et aux Acadiens une autre fois. C’est pourquoi les Patriotes appuyaient le leitmotiv: Emparons-nous du sol.

La cause des patriotes étaient la cause de plusieurs Acadiens. Londres ne voulaient pas reconnaître leurs droits. Des députés canadiens-français ont essayé de faire comprendre au gouvernement de changer les lois qui créaient de telles injustices aux Canadiens-français. Alors le gouverneur a dissout l’assemblée législative. Les années ont passées, les discours se sont enflammés mais le gouvernement anglais ne s’est pas amendé. Alors la révolte a grondé et un groupe a pris les armes. C’est ce que l’histoire appelle la Rébellion de 1837-38, ou la Révolte des Patriotes. Ils n’avaient aucune chance de gagner dans les circonstances où ils étaient.

Après la guerre d’indépendance américaine les Patriotes pensaient pouvoir obtenir un appui outre frontière pour leur cause. Cependant si les Américains près de la frontière leur semblaient sympathiques ils ne les aidèrent pas. Officiellement, ils restèrent neutres.

Devant le manque de solution envisageable, il ne faut pas se surprendre si tant de québécois quittèrent pour s’établir aux Etats-Unis. Il y eut ceux qui allèrent s’y réfugier après la révolte des Patriotes, et ceux qui se cherchaient des terres qu’ils ne pouvaient pas avoir aux Québec. Ils rejoignirent parfois des compatriotes qui les avaient précédés en territoire américain. En effet des Canadiens-Français ayant pris fait et cause pour les rebelles américains lors de l’invasion de ceux-ci au Canada, en 1776, environ 140 s’exilèrent après l’échec et s’établirent au nord de l’Etat de New-York. Quelques centaines de familles également doivent s’installer au Vermont entre 1807 et 1811 pour fuir le règne de terreur du gouverneur Craig.

Au début de la Révolte des Patriotes, il y eut une réunion à L’Acadie, Napierville, et une regroupant des habitants le long du chemin de la Grande-Ligne de Stanbridge à Saint-Athanase. Les Lanoue ne sont pas nombreux à avoir participé activement. Parmi les Patriotes mentionnons entre autres quelques Acadiens. Des Granger, des Paradis, des Hébert, un Lanoue, des Dupuis. Dont Pierre Granger qui était marié à Marie-Anne Lanoue, raquette; Olivier Hébert était le fils de Félicité Lanoue, capitaine. Plusieurs même s’ils n’ont pas participé au soulèvement se sont enfouis dans les Etats du Vermont et de New-York apres l’échec. La situation étant revenu plus calme, ils ont recouvré la plupart leur terre et leur famille. Dans certains cas, il a fallu reconstruire car les Anglais aimaient beaucoup brûler les bâtiments.


En résumé

Les motifs de l’émigration aux Etats-Unis sont la prise de position de Canadiens pro américains lors de la guerre d’indépendance américaine, le manque de terre vu que les Anglais favorisaient les leurs, l’injustice du gouvernement anglais envers les Canadiens-Français et les Acadiens, l’attraction des usines américaines.

Ce n’est qu’un bref survol. Pour en savoir davantage, consulter:

Les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre 1776-1930 par Yves Roby
Robert Nelson, le médecin rebelle de Mary Soderstron
Julie Papineau de Micheline Lachance
Les Acadiens du Québec par Pierre-Maurice Hébert
La Révolte des Patriotes par Fortin

**Album No III Français sujet: Les Rébellions de 1837 dans le Haut-Canada et le Bas-Canada, Imperial Oil Limited